| Une déclaration d'amour, La frontière de l'aube |
| Écrit par Pierre Crézé |
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Pour sortir en sifflant et sans avoir vu la fin, il fallait être un peu con. Parions que ceux-là mêmes qui ont sifflé s’insurgent aujourd’hui de ce que l’on conspue l’hymne dans nos stades. François, jeune photographe habitant une mansarde et portant de vastes chemises blanches de peintre fait la rencontre de Carole, comédienne instable et avec laquelle il vit durant quelques mois une idylle passionnée. Le retour du mari très occupé de Carole vient interrompre leur relation. François, un an plus tard s’apprête à épouser Eve, enceinte de lui, mais Carole, suicidée depuis, lui revient en songe. Ca n’est pas que la fin aurait réservé des surprises à ceux qui sont sortis. Le film est ainsi fait qu’il n’y a pas de surprises. Aussi, on peut être agacé de voir revenir de loin en loin les lieux communs de 68, de voir Garrel réinvestir des motifs du muet et des trucages à la Cocteau. On est un peu las de ce monde ancien. Et de voir François ne plus porter que des tee-shirts noirs lorsqu’il fréquente Eve – après qu’il a porté, le temps d’un plan, entre ses deux amours, un tee-shirt noir sous une chemise blanche. Mais tout cela est précisément filmé dans le plus beau noir et blanc qui soit. Et puis, il y a ce temps passé par Philippe Garrel à regarder son fils, si gracieux, si beau et si juste tout le temps. Et rien que pour cela, on peut bien rester jusqu’à la fin. Et puis, encore, il y a cette trame narrative, tellement mince qu’elle est à elle seule un hommage à l’art cinématographique. Si l’on peut partir en tournage avec ce scénario-là en poche, alors c’est que le cinéma est possible toujours pour qui a foi dans ses moyens, l’image et le son. On ne regrettera pas d’avoir fait ce film ni de l’avoir vu parce qu’il est avant tout une déclaration d’amour, à Louis Garrel et au cinéma, et que parfois, des déclarations d’amour, il en faut. |
