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La cité des jarres
Écrit par Marie-Hélène Bannier   

L’inspecteur Erlendur et son équipe enquêtent sur la découverte du cadavre d’un homme banal.

Parallèlement, un jeune père assiste impuissant à la mort de sa fille, atteinte d’une maladie génétique rare. Ainsi débute La Cité des Jarres. Il serait dommage d’en dire plus sur le scénario, même si le suspens n’est pas l’intérêt principal du film…
Un film dont on a peu entendu parler mais qui mérite le détour, ne serait-ce que pour son originalité. Or, des films bons, on en voit, mais ceux qui nous surprennent vraiment restent rares. Bien entendu, il est plus facile d’être un spectateur neuf face à un film islandais (pour ma part, c’était la première fois) que face à la dernière production franco-française ou américano-holywoodienne, il n’empêche que le talent du réalisateur Baltasar Kormakur n’est pas étranger au charme que sa fable opère et que son seul atout ne réside pas dans sa nationalité. D’ailleurs, malgré les nombreux paysages filmés avec humilité, ça ne donne pas envie d’aller en Islande ! La ville de Reykjavik, où se situe l’action, ne fait pas rêver. Sa noirceur contraste avec la luminosité des paysages désertiques qui sont aussi dépouillés que la capitale semble pauvre et délabrée.

A travers une enquête policière, qui n’est qu’un prétexte à mon sens pour interroger l’identité islandaise, Kormakur nous offre des personnages à la fois attachants et agaçants, tous complexes, même lorsqu’ils ne se trouvent qu’au second plan de l’action. Loin de tout manichéisme, le réalisateur propose d’explorer les deux faces qui sommeillent en chacun de nous : même la pire des brutes peut ressentir de la peur jusqu’à en pleurer, même l’inspecteur qui se maîtrise à chaque instant finit par devenir violent, l’espace d’un éclair… Néanmoins, Kormakur ne s’appesantit pas, ne sombre ni dans la facilité, ni dans un discours convenu. Libre au spectateur de se laisser toucher par tel ou tel destin… rien n’est imposé. Le scénario, parfois un peu faible, questionne l’hérédité, les rapports pères-filles et nous amène à réfléchir sur les limites des liens filiaux et de leur puissance car parallèlement à l’enquête, l’inspecteur renoue avec sa fille, junkie. Ce film noir et parfois très cru (croyez-moi, on sent presque l’odeur des cadavres) est pourtant truffé d’humour (cf. le rapport d’Erlendur à la viande ou la course-poursuite inversée), ce qui l’empêche souvent de tomber dans un sentimentalisme convenu.

Les deux bémols à mon enthousiasme sont les failles du scénario et surtout la musique horripilante (un chœur traditionnel) qui revient de façon un peu trop systématique gâchant de très beaux moments. Néanmoins, si on fait abstraction de ces deux points, on passe un très bon et rare moment, en compagnie d’acteurs peu connus et talentueux.