Accueil Réflexions Honoré, le cinéma
Honoré, le cinéma
Écrit par Pierre Crézé   

Il y a ceci dont on se moque sans cesse ou qui nous intimide et qu'on appelle la Nouvelle Vague. La sortie des films d'Honoré est toujours l'occasion de remettre le couvert à ce sujet. Faisons-le.

Ceux qui ont aimé La Belle Personne alors qu'ils n'avaient pas aimé Ma mère, Dans Paris et Les chansons d'amour disent souvent que c'est parce qu'enfin Christophe Honoré cesse de rendre des hommages incessants et stériles à ses pères, Godard, Truffaut et Eustache. Puisse le dernier Honoré faire revoir à ceux-là ses précédents films. Dans Paris et Les Chansons d'Amour posaient en permanence la question suivante : alors comment faut-il faire maintenant ? Et poser la question était déjà un peu répondre. Il fallait faire comme il faisait : filmer les crépuscules amoureux comme celui de Duris et Preiss au début de Dans Paris.

Revoir cette séquence ! Non pas pour en recenser ce qu'elle doit à la Nouvelle Vague, mais pour comprendre que déjà là, le cinéma d'Honoré n'était pas anecdotique. Que rarement on avait représenté avec cette justesse au cinéma la complexité d'une relation amoureuse, de ses raisons, de ses fins. C'était à croire que le montage avait été inventé pour représenter la haine, le mixage, le mystère, le panoramique, la grâce. Le cinéma, pour cette séquence.

Qui est le plus coupable ? Celui qui se prend parfois les pieds dans les manières de Godard ou celui qui continue à faire des films comme si Godard n'avait jamais existé ? Honoré ne refait pas, il fait avec. La Belle Personne est un film immense mais Dans Paris et Les chansons d'amour ne le sont pas moins.