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Heureux d'être content, The Pleasure of Being Robbed
Écrit par Pierre Crézé   

Le bonheur d’être ravi. C’est ainsi qu’on aurait pu traduire le titre du premier long de Joshua Safdie. Au moins est-ce ainsi qu'on peut l’entendre.

D’abord parce qu’on sera ravi de passer une heure dix en compagnie d’Eléonore (Eléonore Hendricks), la fille du film. Et puis parce qu’on pourra être littéralement, ravi, enlevé par elle, comme un sac à main, happé ; et là, ce sera vraiment bien. Enlevé, happé, ravi.

The Pleasure of Being Robbed ne raconte pas grand-chose. Eléonore pérégrine dans New York en volant des sacs à main et Safdie (Joshua) la filme. A un moment, Joshua (Safdie) arrive à vélo. Eléonore et Joshua volent une voiture et vont à Boston, chez Joshua. Et puis Eléonore rentre seule à New York. Là, elle vole des sacs, se fait arrêter, visite un zoo et sautille sous la neige.

Il y a des films comme ça – et dont fut par exemple Permanent Vacation de Jarmusch – qui ne se préoccupent pas trop d’histoires et dont le « pitch » ne révèle rien. « Ne plus raconter la vie des gens, mais la vie toute seule », écrivait Ferdinand dans Pierrot le Fou. « Ce qu’il y a entre les gens, l’espace, le son et les couleurs. On devrait arriver à ça ». The Pleasure of Being Robbed tient ainsi par le regard porté par Joshua Safdie sur sa comédienne d’amoureuse. Et lorsqu’un film se fonde sur le pur désir de filmer quelqu’un, cela est souvent beau. Surtout quand vient s’ajouter à l’ensemble un sentiment d’urgence et que les spectateurs que nous sommes se disent qu’à celui-là qui filme, il fallait vraiment qu’existât le cinéma, qu’il n’aurait pas tenu sinon. Il y a là l’espace entre Eléonore et les gens, les sons de la ville et les couleurs d’un pull orange, d’une grappe de raisin blanc, de la neige autour d’Eléonore. Cela suffira à certains happy fews, qui auront vu alors du vrai amour au cinéma. D’autres claqueront leur fauteuil, vexés d’avoir laissé 9 euros au guichet du MK2 Beaubourg pour ça. Tant pis pour eux. Il ne faut pas payer le cinéma ce prix-là.