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Entre ses mains, Entre les murs
Écrit par Pierre Crézé   

 

Il y a des films dont on ose à peine parler tant ils sont empreints de pudeur et de respect. Entre les murs est comme cela. Cantet a de un tel souci de l’autre qu’un être, chez lui, ne nous apparaît que plurivoque, entier et complexe.

Entre les murs est une adaptation du roman de François Bégaudeau qui racontait l’année d’un professeur de français dans un établissement un brin remuant du 20ème arrondissement.

Mais le cinéma ne bénéficie pas comme la littérature de la codification (parfois pratique) du langage. Il lui faut faire avec les gens, les objets et les espaces. Cantet, d’un film à l’autre, s'interroge sur ce lien intime entre le cinéma et le réel avec de la bienveillance pour celui-ci et de la foi en celui-là.

Etre ou incarner, c’est le dilemme de celui qui est devant la caméra, regarder ou disposer, de celui qui est derrière. Et tout cela est le problème moral majeur du cinéma. Disposer, ici, c’est le titre qui le fait. Entre les murs, donc. Une fois ce parti pris, il reste à Cantet à regarder. Et le cinéaste qui regarde n’est pas un être passif, déconnecté, désolidarisé du monde. Il intègre au contraire la chair du monde, il devient cette chair lui même. Le mouvement de Cantet accompagne celui des élèves, des professeurs, des ouvriers (Ressources humaines), des cadres en perdition (L'emploi du temps) ou des asociaux (les Sanguinaires), son cinéma épouse sans cesse le mouvement du monde. Le dispositif à plusieurs caméras est là, qui ne pèse pas, dans la classe, comme un fantôme ami. Cantet est un type discret. La vie peut à nouveau inonder le plateau. Surtout, Cantet est un grand cinéaste.